Des trous, des petits trous, toujours des petits trous

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14 février 1867
Le journal de la Haute-Saône du 20 février 1867 relate un fait curieux arrivé le 14:
"Un désastre étrange vient de mettre en émoi la ville de Saint-Loup.
Une maison s'est en partie écroulée, s'engouffrant dans le sol. L'angle d'un bâtiment voisin a disparu également dans une excavation circulaire de 6 mètres environ de diamètre, qui s'était formée sous lui.
Dans une maison importante et de construction assez récente, le sol de la cave s'est effondré sur une profondeur de plus de 4 mètres, entraînant deux pièces de vin et cinq ou six sacs de pommes de terre ; provoquant par-dessous les fondations du mur extérieur l'éboulement des terres de la chaussée de la rue contiguë, plus élevée de 2 mètres 80 centim. que le sol de cette cave, et laissant suspendues, sur une longueur de 4 mètres environ, les fondations dudit mur, sans que le bâtiment en ait souffert.
Deux trous se sont produits aussi sur la chaussée, de l'autre côté des maisons dont il vient d'être parlé.
Ce sinistre s'est manifesté dans ses plus grands effets, le 14 de ce mois, dans la rue dite Cornée, sur les quatre heures du soir ; les accidents ont continué pendant la nuit et ne se sont arrêtés que le lendemain à dix heures du matin.
Aussitôt prévenu, M. le préfet envoya d'abord sur les lieux M. l'architecte du département, puis se rendit lui-même à Saint-Loup, accompagné de M. l'ingénieur en chef Bancelin, de M. l'ingénieur ordinaire Grozon, et de M. le commandant de gendarmerie.
Nul pouvoir humain n'était de nature à arrêter les effets du mal ; mais il était des secours à apporter, des consolations et des conseils à donner, et la sollicitude habituelle de l'Administration pour toutes les infortunes qui se révèlent ne pouvait faire défaut à celle-ci.
Déjà la vigilance éclairée de M. le maire, de M. l'officier de gendarmerie de Lure, de M. le commissaire de police et des gendarmes de la localité avait présidé aux premières précautions d'ordre et de sécurité publique.
Aucun accident de personne n'est arrivé, fort heureusement ; on ne relate à cet égard que les faits suivants, n'ayant eu aucune conséquence fâcheuse.
Une jeune fille passait au moment de la catastrophe contre la maison dont le sol de la cave s'est effondré ; elle a glissé depuis l'excavation extérieure, qui s'était produite instantanément sous ses pas, par dessous les fondations de cette maison, dans le gouffre béant de la cave. Cette jeune fille a été retirée aussitôt tombée et elle en a été quitte pour la peur.
Le 15, dans la matinée, une femme portant un enfant dans ses bras a disparu jusqu'à mi-corps dans un trou qui s'est ouvert sous ses pas.
Dans ce désastre les circonstances suivantes, propres à mettre sur la voie des causes qui l'ont produit et qu'on présume être des courants d'eau souterrains, méritent d'être notées.
Les trous plus ou moins grands qui se sont ouverts dans le sol sont généralement circulaires, en forme d'entonnoir, sans apparence de crevasses, de gerçures, d'affaissement dans les terrains environnants.
Dans la maison dont le sol de la cave s'est effondré, l'affaissement du sol, au lieu de se produire sous les murs, sous la charge considérable, par conséquent, qui devait le provoquer dans l'hypothèse de cavités souterraines, s'est manifesté, au contraire, au milieu de la cave, dans le vide en quelque sorte, là où il n'existait aucune pression.
Nous n'oserions nous prononcer sur de telles circonstances, et nous laisserons à d'autre plus éclairés et plus compétants que nous le soin d'en juger.
M. le préfet a arrêté, après avoir pris l'avis des hommes spéciaux qui le secondaient, toutes les mesures propres à garantir, dans les limites du possible, la sûreté des personnes et des propriétés ; il a remis entre les mains du maire la somme nécessaire pour faire face aux besoins les plus urgents. Enfin, avant de quitter Saint-Loup, il a adressé aux habitants une proclamation destinée à les rassurer contre des craintes excessives, tout en leur recommandant les plus minutieuses précautions : il a annoncé, en terminant, que le service des ponts et chaussées était chargé par lui de procéder d'urgence à toutes investigations tendant à découvrir et à constater les causes du désastre, et ayant au moins pour résultat, s'il ne peut être espéré davantage, d'éclairer les habitants du quartier menacé sur le plus ou moins de sécurité que présentent leurs habitations.
P. S. – Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que deux nouvelles excavations variant comme étendue de 4 à 6 mètres se sont encore produites, l'une dans la matinée du 16, l'autre dans la journée du 18. Les accidents se manifestent toujours dans le même rayon, ce qui permet d'espérer que la zone atteinte par le mal n'est pas très étendue. Le service des ponts et chaussées poursuit activement ses investigations."
Cette maison n'a pas été identifiée… avis aux anciens de la rue…
On admirera au passage la prudence des autorités ! 

Ce n'était qu'un début… Un mois plus tard, le journal du 16 mars 1867 annonçait un nouveau trou :
"Une excavation de deux mètres de diamètre vient de se manifester au milieu de la voie du chemin de fer, à un kilomètre de la gare de Saint-Loup sur Conflans.
Cette excavation a commencé à quatre heures. Les employés du chemin de fer l'ont aussitôt comblée, et un train de marchandises a pu passer à six heures."

Un autre trou s'est aussi formé sur le territoire de La Pisseure, dans la matinée du 13 mars : 
"Une excavation d'une profondeur d'environ 7 mètres sur une largeur de 4 à 5 mètres s'est produite au territoire de cette commune. L'endroit où le phénomèe a eu lieu se trouve à 400 mètres du Planey, presque au sommet d'une butte qui domine cette rivière de 40 à 50 mètres. Les parois du trou présentent une série de couches de terre marneuse et argileuses d'une remarquable variété de couleurs."

Et ce n'est pas fini… 
"Le 1er octobre on a signalé une excavation dans le pré de madame veuve Lebrun. Cette excavation de forme circulaire d'environ 2 mètres de diamètre sur une profondeur d'un mètre et demi a été produite par un éboulement souterrain.Elle est distante d'environ 300 mètres des trous qui se sont formés en février, dans la direction de la source du Planey."

Saint-Loup repose sur un véritable morceau de "gruyère" calcaire, parcouru de courants souterrains. Les manifestations hydrologiques les plus spectaculaires en sont la résurgence de la source du Planey, le trou du Tonnerre, gouffre baptisé ainsi parce que l'on y entendait un grondement lors d'orages, et les pertes d'eau dans la Combauté et la Semouse. Il n'est pas impossible que le phénomène se reproduise.
 LOUIS JEANDEL

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